L’avion électrique suisse prend son envol

A l’occasion du salon du Bourget cette semaine, plusieurs projets d’avions électriques ont été présentés. Ce vendredi, la start-up valaisanne H55, fondée par des anciens de Solar Impulse, a dévoilé à Sion son propre aéronef destiné à la formation des pilotes.

 

 

L’hélice commence à tourner, un faible bourdonnement envahit le hangar de l’aéroport de Sion. La voix d’André Borschberg, cofondateur de la start-up H55 et ancien directeur de Solar Impulse, couvre sans peine le bruit.

Ce vendredi, il présentait un nouvel avion électrique destiné à la formation des pilotes. Le Bristell Energic a passé avec succès des vols de test le week-end dernier.

 

La société basée en Valais ne fabrique pas l’avion à proprement parler. «C’est le constructeur tchèque BRM Aero qui fabrique l’appareil, nous nous sommes occupés du développement du système de propulsion électrique», précise d’emblée André Borschberg.

Les ingénieurs de H55 n’en sont pas à leur coup d’essai. En 2017, un premier démonstrateur, l’avion de voltige aEro 1, avait effectué cinquante heures de vol.

 

La start-up a obtenu une certification de l’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC) pour son système en un an. Elle compte bien s’appuyer sur l’expérience acquise avec Solar Impulse pour séduire ses futurs clients.

 

«Obtenir une certification, c’est le plus compliqué dans le monde de l’aviation, il suffit de voir ce qui se passe avec les Boeing 737 MAX, affirme André Borschberg. Nous avons un peu d’avance sur ce point-là, maintenant il faut s’assurer de la conserver.»

 

 

 

Pas d’Airbus A380 électrique
 

H55 n’est pas la seule entreprise en piste pour faire décoller le marché de l’aviation électrique. A l’occasion du salon du Bourget cette semaine, plusieurs projets d’avions électriques ont été présentés. Alice, l’engin de la start-up israélienne Eviation, peut embarquer neuf passagers, pour une autonomie de 1000 kilomètres.

 

Il doit toutefois encore obtenir des autorisations de vol pour entrer en service. EasyJet associé à Wright Electric vise 50 passagers. Plus proche, la société Smartflyer, basée à Granges (SO), soutenue notamment par Siemens et Hamilton, prévoit un premier vol en 2021 pour son appareil pouvant accueillir quatre personnes.

 

Pour le moment tous ces projets restent limités par la capacité des batteries, qui ne permettent pas d’envisager des engins électriques plus massifs. Alimenté par 4000 batteries, le Bristell Energic peut effectuer une heure de vol, avec une demi-heure d’alimentation de réserve.

 

«Ce n’est pas demain que nous aurons un Airbus A380 électrique», sourit André Borschberg. Toutefois, l’engin devrait remplir son rôle en permettant aux apprentis pilotes de s’entraîner au décollage et à l’atterrissage.

 

De son côté, H55 prévoit des premiers projets pilotes avec deux écoles d’aviation en Suisse l’année prochaine, puis une mise sur le marché en 2021. «Nous étudions les dossiers, mais nous ne pourrons pas répondre à toutes les demandes», précise André Borschberg. Le Bristell Energic semble séduire les écoles de vol. «Ce n’est pas un projet utopique, reconnaît Alain Avanthay, président du Groupe de vol à moteur du Chablais. L’avantage, c’est qu’ils ont monté leur système sur une machine connue et fiable, on demande juste à l’essayer.»

 

 

Vers les taxis volants
 

H55 se positionne donc sur le marché des avions d’écolage à l’heure où certains parlent d’une pénurie de pilotes. André Borschberg compte également sur les arguments financiers et environnementaux pour convaincre.

 

«L’avion est un peu plus cher à l’achat qu’un modèle thermique mais il demande moins d’entretien et le coût à l’heure sera moins élevé», affirme-t-il.

 

Le moteur électrique est également moins bruyant mais surtout, il ne pollue pas. «Les batteries ne sont pas encore vertes d’un point de vue de l’utilisation des matières premières, pointe Christian Hegener, le directeur de l’OFAC, mais globalement c’est un avion plus écologique.»

 

Ces avions d’écolage ne représentent qu’une première étape pour H55. «C’est un tremplin pour les taxis volants», se projette André Borschberg.

Pour poursuivre son développement, la start-up prévoit de lever 15 millions d’euros pendant l’année à venir, et a déjà des contacts avec des entreprises développant des aéronefs à décollage et atterrissage verticaux (VTOL).

 

Ces engins capables de décoller comme un hélicoptère et de voler comme un avion sont présentés comme le futur des transports urbains. «Il y a quelques années, se remémore André Borschberg, quand nous avons présenté le projet Solar Impulse, on nous a dit que la propulsion électrique n’avait aucun avenir.»

 

 

Le Temps

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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