Alliances en série avec les GAFA pour préparer la voiture du futur

02.03.2019

Volkswagen-Microsoft, Daimler-BMW, Renault-Google, Honda-GM… Les alliances se multiplient pour conquérir les marchés de la voiture électrique, autonome, connectée et partagée.

 

Qu’arrive-t-il à l’industrie automobile ? Une frénésie de partenariats, d’alliances, de micro-unions, de coalitions agite les constructeurs. Les mariages de raison se multiplient depuis plusieurs mois, et tous ces accords, ou presque, ont pour objet de faire accélérer des projets capitaux dans l’automobile connectée, partagée, électrique et autonome.

 

Les derniers exemples en date concernent Volkswagen (VW). Le premier groupe automobile allemand et européen a décidé de faire alliance avec Microsoft. Mercredi 27 février, le patron de VW, Herbert Diess, devait présenter à Berlin un projet de partenariat technologique en compagnie de Satya Nadella, PDG du groupe de Seattle.

 

Le géant américain fournira à l’allemand la structure technologique de « cloud » qui permettra de connecter les millions de véhicules du groupe et de leur offrir un accès à une plate-forme de services numériques.

 

La veille, le 26 février, lors du Mobile World Congress, la grande foire internationale du mobile à Barcelone, Seat, la marque espagnole de VW, a présenté un projet développé avec IBM dans l’intelligence artificielle.

Il s’agira pour le futur automobiliste de se connecter aux services de cloud d’IBM, et le « cerveau » de la voiture planifiera le déplacement optimal.

 

On le voit, les partenariats en question consistent à apparier un constructeur traditionnel avec une entreprise de haute technologie. D’autres s’y sont mis avant VW, comme Renault-Nissan-Mitsubishi, qui, en septembre 2018, a conclu un partenariat majeur avec Google afin d’injecter les services du géant du Web dans les ordinateurs de bord des véhicules de l’alliance franco-japonaise.

 

En octobre, l’autre grand constructeur nippon, Toyota, a créé avec le géant japonais du numérique Softbank une coentreprise baptisée Monet (abréviation de Mobility Network) destinée à partager les coûts et l’expertise des technologies de voitures autonomes et connectées.

 

Une question de survie

 

« Ce qui se produit en ce moment est fondamental pour l’avenir de l’automobile, explique Guillaume Crunelle, associé au cabinet de conseil Deloitte. 

 

L’industrie est en train de passer de la vision à la réalisation, mais le modèle économique reste à préciser, et les montants d’investissement se chiffrent en milliards. Il apparaît opportun pour certains de partager les risques et les coûts. »

 

Et le phénomène est massif : une étude de 2018 du cabinet de conseil AlixPartners estimait à 271 le nombre de partenariats mis en place par l’ensemble des constructeurs automobiles dans le monde en matière de voiture connectée, autonome, partagée et électrique, contre 131 en 2016.

 

De fait, pour les dirigeants du secteur, ces types d’alliance sont une question de survie dans une période de bouleversement historique. Lors d’un discours à l’automne, Herbert Diess avait déclaré qu’il estimait à « 50/50 les chances que l’industrie automobile allemande soit encore dominante mondialement dans dix ans ».

 

La conscience de l’urgence est telle que même la rivalité légendaire entre certains constructeurs est en train de s’atténuer.

 

Vendredi 22 février, la signature de l’alliance entre Daimler et BMW pour créer une coentreprise fusionnant leurs offres de services à la mobilité a constitué un tournant de taille dans l’histoire de l’industrie automobile allemande.

Les deux frères ennemis du haut de gamme automobile, traditionnellement en concurrence frontale, unissent pour la première fois leurs forces. « Nous assistons à une première initiative visant à faire entrer certains codes du monde actuel – ceux de la voiture premium – dans le monde nouveau des services de mobilité », analyse M. Crunelle.

 

Les offres d’auto-partage des deux groupes DriveNow (BMW) et Car2Go (Daimler) sont donc mises en commun. Les entreprises veulent investir ensemble 1 milliard d’euros pour développer un nouvel acteur sur le marché très dynamique de la mobilité urbaine, qui offrira également des aides au parking et à la recharge de véhicules électriques.

De futures coopérations avec des start-up ou des acteurs établis sont également envisagées. Les deux groupes ont choisi Berlin comme siège de la nouvelle entité, quittant leurs emblématiques métropoles respectives – Stuttgart et Munich, marquées par l’industrie traditionnelle. Tout un symbole.

 

Un marché alléchant

 

Les deux allemands ne sont pas les seuls constructeurs à s’unir pour préparer les révolutions de la mobilité. A la mi-février, l’agence Bloomberg a révélé que des discussions étaient en cours entre Ford et VW pour s’unir dans la voiture autonome par une prise de participation dans la start-up américaine Argo, créée par d’anciens ingénieurs de Google et Uber.

 

Le groupe allemand pourrait investir près de 2 milliards de dollars dans l’aventure. Autre exemple : en octobre, Honda a rejoint General Motors en investissant 2,75 milliards de dollars dans GMCruise, l’entité du géant américain spécialiste de la voiture autonome et l’une des plus avancées en la matière.

 

Les constructeurs sont donc prêts à mettre beaucoup d’argent dans des unions en vue de préparer leur avenir. Il faut reconnaître que le marché de la voiture du futur est alléchant, même s’il est difficile à chiffrer dans sa globalité.

 

Pour le seul véhicule autonome, une étude réalisée en 2018 par la société de prospective américaine ABI Research estime que 8 millions de voitures autonomes de niveau 3 (on laisse la voiture conduire dans certaines situations) à 5 (il n’y a plus besoin de conducteur) seront sur les routes en 2025. Soit potentiellement 300 à 500 milliards d’euros de chiffre d’affaires à conquérir.

 

Le Monde

 

 

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