• Stéphanie Fontugne

Que retiendra-t-on de l'année 2018 ?


Les gilets jaunes ? Les mensonges de Pierre Maudet ?

Ou le changement de sponsor de Roger Federer pour Uniqlo ?

Je me suis prêtée à ce petit jeu et voici mon palmarès.

  • En ce qui me concerne, l’année 2018 au-delà de tout ce que l’on entend sur le numérique, la blockchain et l’intelligence artificielle, c'est avant tout l'année où j'ai réalisé l'importance de mes DONNEES PERSONNELLES.

Et hélas de leur violation, car j'appris qu’au-delà de ce que nous racontaient Facebook, Google et les autres, mes données ne sont pas protégées comme elles le devraient. Bien au contraire, elles sont partagées par les géants du numérique, sans mon consentement.

Les scandales divers, que ce soit celui de Cambridge Analytica ou plus récemment la découverte que Facebook aurait conclu des accords avec plus de 150 entreprises pour partager mes données – dont Amazon, Microsoft, Yahoo-, démontrent que ces géants du numérique n’ont d’autres buts que l’augmentation de leurs profits.

Je ne devrais pas être naïve après tout, ce ne sont que des entreprises privées !

L’année 2018 a donc révélé l’importance de la protection de nos données personnelles du fait de notre dépendance accrue aux nouvelles technologies et rend indispensable la mise en place d’une réglementation transnationale.

La RGPD est la réponse en Europe.

Même Tim Cook le Directeur Général d'Apple, appelle à la mise en place de régulation aux USA c'est dire !

Mettre en place une gouvernance des données est stratégique aussi en Suisse, notamment pour que des projets tels que les « villes intelligentes » puissent voir le jour et pour éviter que les entreprises privées ou publiques qui maitrisent la technologie, n’accaparent à leur profit l’ensemble des données collectées.

La Loi Suisse sur la protection des données a plus de 25 ans, aussi je fais le vœu, qu’en Suisse nos parlementaires passent le turbo pour voter et mettre en application une loi sur la collecte, l’utilisation et la protection de données qui tienne la route.

  • Femmes, Femmes je vous aime dit Julien Clerc dans sa chanson.

L’année 2018 est aussi symbolisée par l’ampleur du mouvement #MeToo.

Quelque soit la polémique engendrée par ce mouvement, je retiendrais la prise de parole des femmes qui osent désormais s’exprimer et aussi, les hommes qui les soutiennent dans cette démarche !

Je retiendrais aussi plus récemment, en Suisse, l’appel de Mme Simonetta Sommaruga à la participation à la grève pour l’égalité qui aura lieu le 14 juin 2019.

C’est vrai, que la Suisse pointe à la 20ème place en termes d’égalité, et que les tergiversations sur les quotas discutées entre les hommes sont irritantes compte tenu du palmarès.

Dommage car il est reconnu que les équipes mixtes et diverses culturellement sont bien plus efficaces et plus à même d’innover.

Faisons le vœu que les choses évoluent favorablement en 2019 dans les conseils d’administration et les comités de direction des entreprises grandes et petites et que la parité progresse dans les postes clefs.

  • Des dollars en pagaille pour la mobilité de demain et la trottinette d’aujourd’hui.

Comment parler de 2018 sans évoquer la mobilité et ses enjeux au cœur des villes ?

Je ne parlerais ni de mobilité intelligente ni de véhicules autonomes, encore moins d’auto-partage ou de co-voiturage.

Non, je ne retiendrais que les trottinettes électriques.

En effet, les investisseurs se sont passionnés pour les e-trottinettes en 2018 et ont investi des millions de dollars dans des entreprises à peine crées et déjà valorisées plusieurs milliards : Lime, Bird, Skip ou Spin en sont les meilleurs exemples.

Lyft et Uber participent d'ailleurs à cette sur-valorisation : les deux entreprises qui font la course à l’IPO et doivent séduire à tous prix les marchés financiers investissent dans ces entreprises pour proposer des services de mobilité multiples sur leur application.

Attention, Lime et Bird débarquent en Suisse alémanique avant d’envahir les trottoirs romands.

Pour 2019, au delà des valorisations démesurées de ces entreprises, je fais le vœu d'essayer de comprendre leur modèle d'affaire et de quelle manière elles pensent devenir profitables.

  • La chute d’une icône : Carlos Ghosn l’homme payé 45'000 € par jour, à la diète pour les fêtes de fin d’année.

Nous le savons tous : la vie réserve son lot de hauts et de bas.

Et, pour le coup, le tsunami japonais organisé par Nissan, en est un bon exemple.

Carlos Ghosn, l’homme élu manager de l’année et qui a fait de Renault-Nissan le numéro 1 mondial de l’automobile grâce à des qualités exceptionnelles de vision et d’exécution, est soupçonné de malversations financières : déclaration erronée de revenus, financements de pertes personnelles par Nissan et plus encore ;

En gros, Carlos Ghosn aurait, entres autres, utilisé Nissan à des fins personnelles et mis l’organisation à son service.

Quelque soit la suite donnée par la justice au cas de M. Ghosn, cette histoire démontre que gouvernance et contrôles sont essentiels dans les organisations, pour essayer d'éviter les déviances et malversations.

Or, la gouvernance est de la responsabilité des conseils d’administrations qui doivent se doter d’administrateurs indépendants, compétents et exigeants pour mettre en place puis contrôler l’exécution des règles de gouvernance

Pas la peine d’aller bien loin en Suisse, pour voir qu’il y a aussi pas mal de chemin à parcourir pour limiter arrangements et conflits d’intérêts : les cas récents de CarPostal et Raiffeisen en sont le témoignage.

Alors je fais le rêve qu’en Suisse pour 2019, d’avantage d’administrateurs indépendants, compétents et avec des valeurs éthiques soient proposés et nommés dans les entreprises, organisations, fondations publiques et privées.

  • Enfin, côté culture,et parce qu’elles m’ont marquée, je citerai l’exposition Balthus de la fondation Beyeler et la série Ozark diffusée par Netflix.

- A chaque fois c’est un ravissement d’aller visiter les expo Beyeler à Bâle : espace, accrochage, lumière et explications sont en général réunies pour rendre accessibles peintres, photographes ou sculpteurs.

Certainement l’un des plus beaux musées au monde de mon point de vue et nul doute que les vignes qui l’entourent et l’architecture du bâtiment n’y sont pas étrangers.

En 2018, j’y ai découvert Balthus l’iconoclaste. Il se définissait comme un artisan et l’on disait de lui qu’il était le barbe-bleu car il aimait peindre des jeunes filles.

Balthus a connu plusieurs vies, n’a pas suivi les modes, ni les courants artistiques et c'était un maître. Ses peintures interpellent car les couleurs, proportions, sujets sont surprenants. Elles dérangent !

Une découverte à voir et revoir sans modération : rendez-vous à Lausanne cet été au nouveau musée Plateforme 10.

- Coté série, Ozark saison 2, m’a scotchée; elle raconte l’histoire d’un expert-comptable, père de famille, plutôt ennuyeux, qui se transforme en blanchisseur innovant et efficace de l’argent d’un cartel.

Le mieux est que tout cela devient une histoire de famille où chaque membre en fonction de ses compétences, déborde d’imagination et d’expertise pour blanchir l’argent.

Les acteurs sont excellents, le scénario bien construit, et les paysages du Missouri avec leur lumière pâle en rajoutent pour créer une atmosphère lugubre.

La morale de cette histoire de famille ? Je vous laisse la trouver et évidemment elle est liée aux 4 faits marquants de 2018 précédemment évoqués.

A tous, excellente nouvelle année, que vos projets personnels et professionnels se réalisent comme vous le souhaitez ; Et surtout, je vous souhaite une excellente santé et une énergie stimulante.

Stéphanie Fontugne

#pointdevue