• Anne Mellano

La Suisse pionnière des navettes automatiques


Cofondatrice de Bestmile (EPFL Innovation Park)

Les voitures sans conducteur font partie des fantasmes du XXe siècle.

Désormais, il n’y a plus de doute quant à leur émergence. Face à l’arrivée de nombreux nouveaux acteurs issus du domaine technologique, l’industrie automobile traditionnelle doit aujourd’hui démontrer qu’elle est capable de renouvellement en assurant la combinaison de ses compétences à celles des géants du monde informatique et numérique. Les voitures autonomes pourront dès lors être mises à disposition du grand public sous forme de services partagés de mobilité, d’abord dans les centres urbains puis partout ailleurs.

En Europe, l’accent a été initialement mis sur le développement de véhicules semi-collectifs adaptés aux transports publics. Ces navettes, d’une dizaine de places, sont destinées à des déplacements de courte distance et s’inscrivent dans les réseaux de transport existants, en complément des modes lourds. Aujourd’hui asservies à des itinéraires enregistrés, ces navettes pourront bientôt répondre à la demande pour des trajets porte à porte dans un rayon d’action prédéterminé. Seule une gestion collective et coordonnée de l’ensemble des véhicules permettra cependant de dépasser le stade d’un bête ascenseur horizontal.

Car ce n’est pas le véhicule seul qui poussera à la modification du comportement des usagers, mais bien la qualité de son intégration et de sa gestion dans l’environnement urbain. Les services de véhicules autonomes doivent être conçus comme le prolongement du réseau de transports collectifs, cela afin d’améliorer la compétitivité des transports publics face à la voiture individuelle. Alors que les véhicules autonomes offrent des promesses de déplacement sans tracas, les villes actuelles ne sont pas construites de manière à maximiser le bénéfice de l’autonomie. Le design de nos infrastructures routières est aujourd’hui très largement dicté par les contraintes liées à la voiture individuelle et à son stationnement.

Les villes qui investissent dans de nouvelles infrastructures faites pour durer entre 30 et 100 ans ont donc tout intérêt à d’ores et déjà intégrer ces nouveaux modèles de mobilité. Investie dans des expérimentations pionnières depuis 2012, la Suisse a un rôle important à jouer dans l’accompagnement au déploiement ainsi qu’à la certification de ces systèmes innovants. Plus l’ambition politique sera forte, plus le changement sera imminent. On se laisse ainsi rêver à des parkings obsolètes rendus à la population, que cela soit sous forme de zones piétonnes, de parcs et jardins, ou encore de zones habitables afin d’accueillir une partie de la nouvelle population urbaine attendue lors des prochaines décennies.

La mise à disposition des premiers services de taxis avec voitures autonomes pour le grand public marquera un jalon important de l’histoire moderne de la mobilité. D’ici à leur généralisation et au renouvellement du parc automobile, un important travail de standardisation et de légalisation reste encore à faire.

Tribune de Genève


11 vues